Titre I/ Les prémices d’une politique en faveur des quartiers et de la ville
I/ Les étapes de l’urbanisation :
une histoire et des histoiresQu’est-ce que l’Urbanisation : " c’est l’éthique de notre temps " or c’est un processus ancien qui a été précédé au cours du néolithique par l’apparition de l’agriculture 800 avt JC puis la sédentarisation entre 5000 et 2500 avt JC. En l’absence de véritables villes les historiens parlent de proto-urbanisation.
Trois autres phases ont depuis scandé l’histoire de l’urbanisation :
Le mot banlieusard naît en 1889 d’une histoire de répartition de charges fiscales entre le centre et son tour. Elle a déjà une connotation négative. Mais de fait la banlieue jusqu’à l’ère industrielle était un espace réservé à l’aristocratie puis à la bourgeoisie. L’éloignement du centre-ville est rendu nécessaire par peur de la promiscuité. Ce privilège est conservé jusqu’à la révolution industrielle.
Il sera alors question à cette époque de trois types de banlieues : une résidentielle (à l’ouest de Paris) une ouvrière (nord nord-est) et une maraîchère.
La période entre deux guerres voit l’implantation de pavillons sur les espaces naturels, le long des vallées et de façon anarchique. L’Etat les aide par des subventions.
A cela l’immigration provinciale s’accentue mais pour aller dans les banlieues et une plus importante comme les Italiens, plutôt bien accueillis et intégrés. Les municipalités pratiquent une politique de classe chassant comme à St Cloud les industries.
De même l’office public des habitations à bon marché voit le jour comme à Drancy avec une unité de 2500 logements modernes avec 5 gratte-ciel de 15 étages.
Les jardins ouvriers confèrent à une préservation des attaches rurales de leurs occupants.
L’avènement du front populaire a un rôle majeur dans les communes : lutte pour un idéal, une solidarité. La banlieue valorisait la classe ouvrière et la crise de 1932 développera un chômage important mais renforcera les liens de solidarité : ce sera le succès des banlieues rouges dirigées par des cocos. La France conservatrice a eu peur de cela.
En 1954, il y eut un grand mouvement de solidarité avec des milliers de sans-abri et on élabore alors un plan d’urgence pour la construction de 12000 logements de première nécessité mais cela reste insuffisant.
De surcroît nous sommes en plein baby-boom jusqu’en 1970. La guerre a fait de nombreux dégâts et une reprise de l’immigration n’arrange pas les choses ; liée à la croissance économique avec des portugais espagnols puis les populations maghrébines et les rapatriés de l’Afrique du Nord.
Option choisie la productivité, le social attendra alors que des bidonvilles s’agglutinent aux portes de Paris.
En 1953 lancements du 1% patronal (participation des employeurs à l’effort de construction) et en 1958 les ZUP, lieux où se concentreront les efforts de construction car ils sont bon marché (zone agricole).
La capacité des ZUP est au départ de 500 logements mais on est passé de 15000 à 18000 comme à Aulnay ou Créteil. Avec de grands ensembles construits par les BTP avec un interventionnisme fort de l’Etat qui prend le pas sur les collectivités locales. Avec en 1960 plus de 500000 logements construits par an la superficie urbaine passe de 7 à 14 %. On construit vite et peu cher donc ce sera horizontal et vertical. Ces grands ensembles deviendront ce grand ratage urbanistique aux conséquences majeures ce jour. Grâce au béton découvert en 1936 qui en sera le matériau clé. Les architectes se sont vus supplantés par leurs collègues ingénieurs des ponts et chaussées. Les matériaux utilisés sont de moindre qualité la sonorité un cauchemar sans moyens de communications avec l’extérieur les commerces de proximité n’existent pas et ces quartiers sont isolés du centre-ville.
L’urbanisation a plusieurs raisons comme la transition démographique avec une forte natalité et une baisse de la mortalité ; puis l’exode rural lié aux transformations structurelles années 50, et à l’attraction exercée par la ville (facteur ordre socioculturel) et enfin une volonté politique afin d’accélérer la modernisation du pays.
Permettez-moi quelques remarques sur l’architecture.
Le principe d’une ville a déjà été pensé sous la Restauration par Charles Fournier (1772-1837) qui avait proposé un système philosophique et politique où 1500 personnes d’origine sociale différente vivraient dans un complexe monumental comportant une cour centrale et différentes cours secondaires. Ce modèle exercera une fascination extraordinaire dans de nombreux pays.
L’architecture doit être au cœur de la réflexion sur la société. Ce serait un principe minimal dans une urbanisation.
Il est souhaitable que je donne quelques idées sur les principes architecturaux corbuséens afin de dissiper quelques malentendus ; mais le débat reste ouvert.
Nb : Le Corbusier
Le Corbusier (Charles Edouard Jeanneret), héraut de l’architecture contemporaine, en 1925 réclamait que l’industrie s’empare du bâtiment.
Est-il responsable de l’explosion démographique ? Est-il responsable de la concentration urbaine ? N’aurait-il pas fomenté les guerres pour pouvoir mieux reconstruire ? Or il s’est toujours insurgé contre la misère, l’insalubrité, l’insécurité, l’anarchie immobilière. Par ces plans directeurs il s’est montré grand partisan de l’ordre. Mais ils n’ont jamais été exploités dans leur esprit initial. Le Corbusier faisait montre d’explications sur ses œuvres, et il devait faire le bonheur des hommes, " quitte à les conduire à coups de trique vers une cité parfaite "(Michel Ragon dans Le temps de le Corbusier).
" L’architecture est le jeu savant, correct et magnifique des volumes assemblés sous la lumière, un volume est enveloppé par la surface qui est divisée en trois et le plan est le générateur qui porte en lui l’essence de la sensation ". Le Corbusier.
Lors d’un voyage sur le transatlantique il découvre le principe des " cages à lapin " en 1907 : J’ai la solution de la maison ouvrière type unique.
Ce qui va être un élément marquant de cette pensée :
" La cité radieuse : la réalisation de l’unité de Marseille aura apporté à l’architecture contemporaine la certitude d’une splendeur possible du béton armé mis en œuvre comme matériau brut au même titre que la pierre le bois ou la terre cuite. L’expérience est d’importance. Il semble vraiment possible de considérer le béton comme une pierre reconstituée, digne d’être montrée dans son état brut. Il était admis que l’aspect du ciment était triste. Cette opinion est aussi fausse que de dire qu’une couleur est triste en soi. Une couleur ne vaut que par son voisinage. " Construite par Le Corbusier de 1947 à 1952 l’unité d’habitation de grandeur conforme de Marseille ou cité radieuse constitue une proposition d’habitation pour les nouvelles générations de la société machiniste. Cette barre sur pilotis renferme 337 appartements desservis par cinq rues intérieures superposées ; à mi-hauteur se trouvent la rue marchande et le service hôtelier, le toit jardin regroupe les services collectifs (école garderie espace de culture physique solarium) les machines occupent le sol artificiel. Elle répond également à un souci de rationalisation et de standardisation des procédés constructifs.
Autres réalisations : HLM unités de Rezé lès Nantes 1948, de Briey 1956 .
En 1914 déjà, il propose le principe " dom-ino ", base de son architecture : tout en béton, une simple trame de poteaux reposant sur des dés(fondations)et portant les planchers. La trame supporte façades et plans librement, les fenêtres en longueur. Le toit est terrasse (raison économique). Voici les cinq points plan libre, façade libre, pilotis, toit terrasse, fenêtre en longueur. Le génie en plus.
Car la réflexion de Le Corbusier sur le plan de l’habitat de l’homme demeure l’un de ses apports essentiels mais malheureusement inexploités. La logique économique et politique de la reconstruction en France a conduit à la construction de milliers de logements où les principes popularisés par Le Corbusier ont été d’une manière réductrice. Paradoxalement, il en porte la responsabilité. Or qu’y a-t-il de commun entre l’unité de Marseille, désignée comme mère de tous les maux et une HLM ordinaire ? Rien si ce n’est une forme commune et banale de barre en béton, la cité radieuse cristallise les expériences préalables des immeubles villas de Le Corbusier. En 1950, les équipements de la cité sont luxueux et pensés pour le confort des occupants avec un espace une orientation exemplaires. Rien à voir avec les équipements collectifs habituels.
Le Corbusier qui se voulait bâtisseur de villes a répondu à quatre fonctions dans ses projets : habiter, travailler, se recréer, et circuler. Une seule réalisation Chandigarh (Inde) en 1950.
Les logements sont en hauteur pour libérer le sol qui est envahi par la verdure et les parcs de sport. Le centre d’affaires est magnifié au cœur même de la ville, les usines sont en périphérie. Le Corbusier réinvente l’idée de la ville serpent avec une autoroute .
Les tentatives de créer ex nihil des cités radieuses selon les principes corbuséens se sont révélé des échecs. (Brasilia)
Quelques exemples de réussite autres tels que : cf livre
Cité des bleuets à Créteil édifiée de 1959 à 1962 : Paul Bossard y effectue un travail sur les proportions les matériaux et les dispositions. L'ensemble comporte dix immeubles de cinq étages décalés entre eux. Une attention particulière est portée aux détails constructifs et aux espaces intérieurs.
Les grandes terres à Marly le roi (Marcel Lods) : barres de logements à quatre étages s’organisent en vis à vis de part et d’autre de terrains de jeux. Dans l’axe du site s’ouvre une coulée de verdure qui aboutit à un centre commercial et aux équipements collectifs.
Conclusion de l’encart :
L’idée de créer une ville abstraite parfaite et qui conviendrait à tous les hommes dans la mesure où elle serait universelle sans tenir compte de l’histoire et de la mémoire des lieux s’est révélé une utopie et donc par définition inaccessible.
Fin de l’encart
1 million de logements sont construits en 20 ans et les offices HLM se sont employés à faire le bonheur de milliers de famille.
Et le mal des grands ensembles commence à produire ses effets avant d’arriver à l’explosion due à une migration quotidienne travail domicile, ennui de la grisaille, absence d’équipements collectifs, l’isolement et l’absence de repères. S’installent une petite délinquance et une dégradation, prémices du futur ; et cette disparité s’accentue avec un mal de vivre généralisé pathologique familial, un monde à part se créé.
Le rêve français avoir un pavillon en 1965 d’où le rejet de ces grands ensembles par la classe moyenne et ouvrière. Ce départ de ceux qui peuvent le faire laissera la place aux nouveaux arrivants venus de centres d’urgence le plus souvent devant côtoyer ceux qui n’avaient pas les moyens de partir. Les conflits ne tardent pas. Malgré tout cela ces ensembles seront construits jusqu’en 1973, date d’une circulaire de l’aménagement du territoire qui stoppera leur édification. Ce sont ceux-là qui deviendront en 1980 les zones sensibles.
L’urbanisation est souvent associée à l’idée de développement économique et social, investissements en logements, en infrastructures de transports ou d’assainissements…Mais il ne s’agit pas d’occulter les nuisances entraînées par l’urbanisation qui sont variables d’une ville à l’autre.
Faut-il stopper l’urbanisation ? Non car la ville reste un moteur de développement et les habitants des centres ont accès à de nombreux services et leur durée de vie est plus longue.
Et puis la construction d’infrastructures est plus rentable dans les villes ; économies d’énergies aussi et en concentrant les richesses et les populations les villes et plus particulièrement les métropoles sont des lieux de créativité permanente.
Reste à savoir si l’urbanisation ne doit pas atteindre un niveau optimal au-delà duquel toute augmentation du bien-être d’une frange de population seuil se traduirait par des nuisances supplémentaires pour les autres.
Il serait souhaitable d’envisager la problématique autour des thèmes de gouvernance urbaine (sorte de coordination de l’action des acteurs publics et privés) et de développement urbain durable. En fait la problématique vient d’une mauvaise maîtrise de la situation.
Il serait vain de lutter contre cette explosion urbaine l’avenir du monde se joue dans les villes, qui ne sont pas seulement des lieux de catastrophe sociale mais ce sont des endroits où se joue notre survie. Il faut noter que les citadins sont 3 à 10 fois plus riches que les ruraux d’où un constat que l’urbanisation et le développement vont de pair.
Les villes lieux d’ouverture au monde favorisent non seulement le décollage économique et l’on constate aussi une baisse de la fertilité. C’est donc que l’urbanisation porte en elle les remèdes de ses propres ravages. En soulageant les campagnes, la croissance des villes a permis une hausse de la productivité agricole et une meilleure préservation des ressources naturelles en principe.
2/ Un urbanisme rejeté
Villes nouvelles
" Faire moderne c’est risque d’être soudain ultra-démodé " disait Oscar Wilde.
Depuis qu’ils sont sédentaires les hommes ont rêvé de villes idéales microcosme d’une société idéale ? Les villes nouvelles sont les derniers avatars d’une pensée rationaliste avec au pire les bidons villes et au mieux les cités dortoirs.
Partout les grandes villes sont menacées, il faut désormais penser à
contrecarrer une urbanisation ratée des années 60 :
" Ce n’est pas le décor qui a produit la misère mais bien plus la misère qui a trouvé son décor. "
La société risque de se décomposer s’il lui manque la ville qui est la " centralité ".
La ville qui était le lieu de civilisation par excellence l’endroit où l’on trouvait la sécurité, le bien-être, la culture, la liberté est aujourd’hui cernée par une périphérie glauque. Erreur monumentale, car c’est devenu :
Ces grands ensembles répondaient à une priorité : loger un max. et vite. Ils ont été construits en périphérie des villes en série et prendront de plus en plus de poids sur la ville. Cette brutalité du phénomène a fabriqué du banlieusard et non du citadin. "Elle est le symbole à la fois du déchet et de la tentative " a dit Le Corbusier.
En très peu de temps elle est devenue le siège d’une population indécise vouée à de nombreuses misères, véritable bouillon de cultures.. Ce mal est désigné par grand ensemble collectif contemporain.
Avant le banlieusard pavillonnaire était en contact avec la terre avec ses racines. Ici il n’y a plus de racines ni d’âmes. l’habitant devient citoyen de la grande zone, car il n’est ni de la ville ni du village, avec une déferlante de délits concentrée dans ces immeubles sans parler des maladies psy.
Un exemple significatif de croissance démesurée par la création autour de Paris de 5 villes nouvelles en 1965 : Cergy-Pontoise, St Quentin en Yvelines ; Evry ; Melun-Sénart et Marne la Vallée. On recule au maximum les limites du périurbain pour décongestionner Paris et sa banlieue, pouvant espérer loger en 2000 environ 3millions de personnes. Elles ne devaient pas être des villes dortoirs et elles se sont imposées comme telles, devenant certes une concentration de population mais autour d’un pôle économique avec des services etc. D’où une certaine homogénéité.
Un départ :
L’explosion démarre en 1981 à Vénissieux quartier les Minguettes. Les acteurs sont de jeunes immigrés que la révolte pousse hors des tours. En 1990 à Vaux en Velin des émeutes se produisent avec incendies pillages et un phénomène de contagion apparaît comme à Toulouse Paris..
Ces événements laissent en désarroi le gouvernement gauche malgré le programme de réhabilitation entrepris sur ces immeubles avec des transformations radicales voire même des démolitions ou des changements d’utilisation. De fait comment peut-on expliquer ces phénomènes ?
Tout le monde s’accorde à dire que cela a commencé par la marginalisation surtout celle des jeunes. Le ratage de l’urbanisme et l’importance de l’immigration sont des facteurs de ce rejet. Il n’en demeure pas moins un paradoxe : on veut dans la durée un développement social urbain consentuel mais l’urgence des maux exige une courte durée pour les résoudre afin de conforter dans la confiance les habitants.
Les banlieues chaudes sont souvent celles où résident les immigrés : 400 sites ont été répertoriés en France avec des banlieues des quartiers mais aussi des communes entières où le tissu social déchiré.
Trop de logements sur des espaces restreints, logique d’un pouvoir trop centralisé dans les années 60 (d’où l’importance de la décentralisation).
Les villes et les hommes ne peuvent se réduire à un principe de fonctionnement unique ou généralisable d’où la contestation des grands ensembles, tout ce qui fait la richesse de la ville c’est à dire l’imbrication des fonctions est absente comme les actions commerciales et artisanales, le service public, les loisirs, les cafés.. Il faut pour cela se déplacer et les déplacements sont souvent très difficiles pour ces quartiers enclavés. Rien n’est prévu à proximité que ce soit pour le travail, la consommation, les loisirs. Isolé et mal desservi, cette mise à l’écart se double d’une autre économique et psychologique.
C’est certes la galère de ces jeunes qui naviguent, en rupture d’école et de travail avec des petits boulots aléatoires, des stages qui mènent au vide et des combines inavouables, surtout dans les cages d’escalier mal entretenues. Pas de lieux de convivialités, les cafés deviennent rares, les centre commerciaux se barricadant et les centres culturels sont saccagés.
Ces jeunes n’ont pas le sentiment d’appartenir à une communauté ils n’ont pas de revendication, ni de perspectives, ni de stratégies. Ce qui les caractérisent c’est la désorganisation sauf dans leur deal, l’exclusion et la rage. Les solidarités familiales ethniques religieuses etc. ont volé en éclat, les laissant désemparés. Se sachant hors jeu, ces jeunes passent leur temps à réfléchir aux moyens d’obtention de telle aide sans remords même s’il faut frauder, ou éventuellement trafiquer ou voler et en vivre. Même si la délinquance est rarement grave elle est très fréquente pour installer ce sentiment d’insécurité, cheval de bataille de nos politiciens pendant les élections. Et surtout on la rencontre désormais parmi les adolescents de plus en plus jeunes.
Les Français vivent dans les banlieues ou quartiers difficiles qui sont le concentré explosif de tous les dysfonctionnements de la société française. C’est une concentration démentielle de populations paupérisées vivant l’exclusion au quotidien : on se dirige vers une balkanisation où la discrimination sociale et urbaine regroupe peu à peu une ségrégation raciale.
Le problème de la concentration des chômeurs ou d ‘assistés dans ces quartiers est important avec un taux de chômage qui est souvent le double de l’agglomération d’appartenance, d’où le phénomène de violence urbaine lié à l’inactivité. Cette violence est la résultante d’une perte d’influence et de crédibilité des politiques des syndicats et surtout de la famille, qui a démissionné et qui se trouve souvent placer au centre d’une véritable difficulté à surmonter les deux cultures de leurs enfants et qui en jouent. Loi et culture se contredisent. Et l’on a oublié d’alphabétiser ces immigrés d’où un décalage entre les générations.
Il s’est créé dans ces sites des bandes de délinquants avec un noyau dur qui en cas de difficultés sont rejoints par des jeunes hétérogènes mus par une solidarité et qui défendent alors leur territoire contre des bandes de la même espèce d’une ville voisine. On assiste à une appropriation du territoire qui traduit une situation d’échec de socialisation et un rejet de normes. Cette défense de territoire est justifiée car ces jeunes ne connaissent que cela et ils en tirent leur valeur. Force alors est de constater un nombre croissant d’échauffourées, de bagarres de plus en plus violentes avec usage d’armes à feu. (Jean-Marie Petitclerc La violence et les jeunes 1999 ed Salvator).
De plus cette violence gagne du terrain avec trente départements considérés comme sensibles. Situation particulière pour l’Ile de France avec une recrudescence des confrontations dans les centres commerciaux.
Violence aussi dans les rencontres sportives avec de véritables batailles rangées. Le plus grave réside toutefois dans les établissements scolaires avec des règlements de compte etc… manque de respect perte de la notion de citoyenneté plus de dialogue rupture totale. Seul l’argent motive et les solutions de facilité sont vite adoptées par des ado de plus en plus jeunes(délinquance des mineurs ), leurs aînés ne pouvant faire passer aucun message, leur propre précarité (chômage) ne représente pas un modèle crédible.
Le problème majeur reste dans cette incapacité qu’ont les adultes à réguler cette violence, à inculquer et à transmettre des repères. Cette crise de crédibilité concerne les porteurs d’autorité : l’école car elle n’assure plus son rôle de promotion sociale, la police qui n’est garant de la neutralité de l’ordre, la politique avec toutes les histoires qui les entachent.
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Explosion inévitable liée à la marginalisation, l’éclatement de la famille et de la société, l’absence de cohésion sociale, l’effondrement des valeurs (incarnées avant par les partis politiques et les syndicats), l’échec scolaire (trop souvent l’échec scolaire est le prélude à l’exclusion, avec pour les établissements scolaires une gestion quotidienne des multiplicités culturelles, la violence les retards etc. En 1993, 3 millions de jeunes sont sur le marché du travail et un sur quatre est sans emploi. Fatalement ces chômeurs sont les victimes de l’échec scolaire et deviennent celui du travail et peuplent ces cités banlieues.), les concentrations de logements, la nouvelle pauvreté, les difficultés de l’intégration, la dégradation des liens interethniques et encore l’absence de travail plus la déshérence des services publics dans ces quartiers (désengagement des fonctions essentielles de l’éducation de la police, de la santé des transports des télécommunications qui tendent à être comblés), le manque de cohérence et de continuité des politiques suivies et engagées, le comportement de la police…
Très difficile de hiérarchiser les causes et de plus les explications se complexifient. Dans les années 90 une montée de la violence urbaine pressentie laissait entrevoir des bandes de jeunes (africaines, antillaises ; maghrébines) qui sont entrés dans une spirale de violence plus forte, avec une extrême tension entre eux et la police.
La médiatisation des actes de violence contribue à accroître ce sentiment de peur et de méfiance qui se retourne contre ceux qui sont marginalisés. On a ainsi une situation où le territoire des exclusions est physiquement dessiné, construit. Il y a identification de la rupture sociale, le lieu où il n’y a pas de lieu et la banlieue c’est ce que l’on ne regarde pas (mêmes relations avec la banlieue que celles qu’avait la bonne société avec le monde ouvrier au 19ème siècle). La banlieue sert de tri social. Elle rassemble dans les grands ensembles tous les gens perdus de la société.
Tout cela nous amène à vous présenter par étapes successives les remèdes apportés par les politiques.
2nde partie : la politique de la ville, une réponse au malaise des villes