I) Evolution et état actuel de la délinquance en France
A) Les difficultés d’une évaluation exacte
1) Le problème du chiffre noir
Lorsqu’on veut étudier l’évolution de la délinquance dans un pays ou dans une région, il faut nécessairement prendre les chiffres comme point de départ. Les statistiques de la délinquance proviennent du Ministère de l’Intérieur et, plus précisément, de la Direction centrale de la police judiciaire. Elles ont une origine unique qui est la compilation à l’échelle nationale d’un tableau d’entrées nommé "Etat 4001", géré par la police nationale et la gendarmerie. Mais cet "Etat 4001" présente trois défauts :
- D’abord, il est partiel, car il n’enregistre ni les contraventions, ni les incivilités.
- Ensuite, il est parcellaire, car il ne prend pas en compte les actes non transmis aux instances de répression.
- Et enfin, il est partial, car il est soumis à des curiosités saisonnières parfois peu scientifiques.
Le plus grand inconvénient de ce tableau est qu’il ne règle pas le problème du chiffre noir, c’est-à-dire de l’écart entre la délinquance réelle et la délinquance enregistrée. Le chiffre noir est la partie du crime qu’ignorent les instances de répression et qui reste donc inconnue de l’Etat et l’opinion. Les statistiques officielles, qui sont de 3 650 000 crimes et délits en 1999, reflètent uniquement l’activité policière. Elles sont donc très en dessous de la réalité.
2) Pourquoi ces difficultés d’évaluation ?
a / La réaction des victimes et témoins.
Ce chiffre noir est principalement du à la réaction des victimes et des témoins qui ne déclarent pas toujours l’infraction à la police.
Pour quelles raisons ?
-D’abord parce que tel ou tel comportement peut ne pas être perçu comme criminel par la victime ou les témoins.
-Ensuite, la victime peut se rendre compte qu’une infraction a été commise et cependant ne pas la signaler. Elle peut éprouver de la sympathie pour le coupable (un parent par exemple) ou de la méfiance à l’égard de la police. Elle peut vivre aussi dans une communauté où une dénonciation serait mal vue ou bien craindre des représailles, et l’on peut envisager beaucoup d’autres raisons personnelles.
Une enquête réalisée en France nous apprend que les raisons invoquées pour non-dépôt de plainte sont :
-45% parce que le délit ou crime n’est pas considéré comme grave.
-19% répondent qu’ils ont résolu l’affaire eux-mêmes.
-15% par ce que la police n’aurait rien fait.
b / Les zones de non-droit.
La seconde cause de ces difficultés d’évaluation est qu’il existe des zones de non-droit dans lesquelles on peut difficilement recenser les crimes et délits s’ils ne sont pas déclarés. En effet, dans les quartiers très sensibles, les délits et même les crimes se perpètrent sans opposition et sans témoins soucieux de les rapporter ou assez audacieux pour le faire. Ils ne figurent donc jamais dans les statistiques officielles. Le comptage des infractions en France, tel qu’il est publié par le Ministère de l’Intérieur, pêche ainsi par omission. Il ne recense pas la délinquance sur l’ensemble du territoire, comme il le prétend, mais là seulement où il peut le faire.
C / Les chiffres de la police
Il existe aussi des différences importantes entre le nombre de délits signalés aux autorités et celui dont font état les chiffres de la police. En fait, les chiffres subissent une forte réduction soit parce que la police ne se dérange pas quand on l’alerte, soit parce qu’elle ne considère pas l’incident comme criminel et donc ne l’enregistre pas. Dans une enquête menée aux Etats-Unis, les chiffres de la police représentaient moins de la moitié des méfaits que les répondants disaient avoir signalés.
3) Corriger les données officielles.
Comme on l’a vu, les statistiques policières ou sociales ne permettent pas d’appréhender correctement le phénomène criminel. On a donc eu recours à 2 autres stratégies :
* L’auto-confession : on interroge un groupe de population sur les délits commis par les membres de ce groupe, qu’ils aient eu ou non des suites judiciaires. L’auto-confession permet d’estimer le nombre de personnes qui commettent des actes répréhensibles et avec quelle fréquence. Elle est surtout utilisée en criminologie,
* L’enquête de victimation : on interroge des citoyens sur les actes dont ils ont été victimes. Elle est mieux adaptée à l’évaluation des du volume et de la nature des actes criminels commis dans une localité pendant une période déterminée.
L’enquête de victimation permet d’apprécier le chiffre noir sous un autre angle. Une de ces enquêtes révèle qu’1/3 seulement des victimes d’agressions portent plainte en France. Pour l’ensemble des formes de victimation, les victimes s’abstiennent de déclaration dans 36% des cas.
La plus grande enquête de victimation et la plus récente réalisée en France est celle effectuée par l’IHESI (Institut des Hautes Etudes sur la Sécurité Intérieure) publiée le 22 octobre 1999. Elle révèle que les crimes et délits commis sont 5 fois plus ombreux que ceux constatés par le Ministère de l’Intérieur. O, apprend que les victimes de cambriolages vont porter plainte moins de deux fois sur trois et que seulement une victime de violence physique sur douze se présente à la police.
Les mentalités semblent cependant avoir évolué puisque désormais, le Ministère de l’Intérieur admet que les statistiques offrent une photographie incomplète de la délinquance. A l’époque où il occupait cette fonction, Jean-Pierre Chevènement avait d’ailleurs souligné l’apport important de cette enquête de l’IHESI pour, je cite, "la compréhension et le traitement du sentiment d’insécurité."
Ainsi, un changement dans le comportement des citoyens à l’égard de la police, au cas où ils signaleraient plus volontiers les délits, ou un changement dans les pratiques de la police pourrait faire exploser le chiffre de la délinquance enregistrée dans notre pays, à mesure que se dégonflerait le chiffre noir.
B) Une délinquance qui augmente et change de nature
1) Evolution historique
L’étude de l’évolution des phénomènes criminels au cours de ce siècle montre qu’on est passé d’une délinquance qui, dans les temps anciens, portait essentiellement atteinte aux personnes, à une délinquance visant les biens. Or depuis une quinzaine d’années, la tendance s’inverse et de nouveaux phénomènes de violence urbaine apparaissent. Une délinquance dite de profit voire de besoin s’est développée dans l’Hexagone, transformé en société d’abondance.
La délinquance se caractérise, sur le plan national et européen, par une tendance ascendante prolongée. De 1950 à 1994, on est passé en France de 574 000 à 3, 9 millions de faits constatés par an.
La délinquance prend principalement naissance au début des années 60 avec l’arrivée comme produit de consommation de masse de la voiture. De 500 000 infractions par an de l’après-guerre à 1962, les faits délictueux liés aux véhicules ont rapidement atteignent le million d’infractions supplémentaires pour ne plus quitter ce niveau. A la civilisation de l’automobile ont correspondu des vols de véhicules et des roulottages d’autoradios devenus si fréquents qu’1/3 de la délinquance s’explique, à présent, par les vols et dégradations de voitures et de 2 roues à moteur.
La délinquance poursuit ensuite son mouvement à la hausse dans les années 70, sous l’influence de différents facteurs sociologiques ou criminogènes, tels que la création de grands ensembles urbains, le développement des moyens de communication (par exemple, la création d’une station de RER entraînait mécaniquement une augmentation de la délinquance), l’amélioration du niveau de vie avec l’apparition de la société de consommation, etc...
L’arrivée massive de l’héroïne au début des années 80 provoque une montée brutale de la délinquance de voie publique. Les crimes et délits constatés atteignent la barre des 4 millions de faits.
Dans les années 90, les risques du SIDA et d’hépatite entraînent le lent déclin de l’héroïne. Mais une manifestation nouvelle de la délinquance apparaît avec les violences urbaines.
La criminalité et la délinquance sur le territoire national, mieux contenues ces dernières années, changent d’aspect. Les attaques contre les biens représentent toujours la plus grande majorité des faits, mais on enregistre une montée continue des faits de violence contre les personnes.
2) L’état actuel de la délinquance
a / Une nouvelle délinquance
1/ L’explosion des infractions de masse
Définition des infractions de masse : Il s’agit d’une catégorie d’infractions très hétérogènes (de simples incivilités comme les destructions/dégradations et des délits plus graves contre les personnes et les biens). Leur premier point commun est l’évolution du nombre de ces faits au cours de la dernière décennie. En outre, ce sont des délits géographiquement localisés, surtout commis en milieu urbain. La massification des ces délits constitue un véritable fait social, lié à la conjoncture socio-économique. Le chômage, accompagné de l’abondance des biens de consommation, est entre autres à l’origine de la progression de ces infractions.
Lorsqu’on aborde l’évolution quantitative de la délinquance, on est enté au premier abord de conclure à une explosion du nombre de délits commis.
A un premier niveau d’analyse, on peut avancer que la massification de la délinquance est liée à l’apparition et au développement de certains délits qui étaient peu commis auparavant lors que les délits traditionnels (cambriolages, vols à la tire, vols à l’étalage...) ont, eux, peu augmenté, voire diminué, dans la dernière décennie.
En revanche, la délinquance caractérisée par le recours à la violence a progressé très fortement. Les coups et blessures volontaires ont augmenté de 73% entre 1980 et 1993. Les cols avec violence ont doublé. Pendant la même période, les vols à la roulotte, le recel et les dégradations/destructions ont connu une croissance rapide et continue.
L’ensemble des infractions de masse a presque triplé entre 1980 et 1993 et la part de ces infractions dans la criminalité totale a quasiment doublé ! Mais ceci implique que la part des autres délits et de l’ensemble des crimes dans la criminalité totale a fortement diminué. Les autres infractions ont en effet baissé de 24% entre 1980 et 1993.
Il apparaît donc que ce sont des délits de voie publique qui ont évolué le plus fortement au cours de la dernière décennie. Parmi ces infractions, celles commises avec violence ont pris une importance considérable. Par exemple en 1999, les coups et blessures volontaires ont augmenté de façon inquiétante (+ 9,7%). Il s’agit d’une nouvelle forme de délinquance.
Pour Alain BAUER, spécialiste des questions de sécurité, le reculs des vols simples et la montée des atteintes aux personnes vont de pair.
Cette nouvelle forme de délinquance se caractérise par la facilité de sa commission, son accessibilité relativement aisée et la rapidité employée au cours de l’infraction.
L’infraction de masse répond à certains caractères récurrents :
- elle ne nécessite aucun ou pu de matériel sophistiqué,
- l’emploi de la ruse et de la force est fréquent, alors que celui de la technique ou de l’habileté est rare (sauf pour les vols à la tire et les chéquiers et cartes bleues).
- les infracteurs parviennent en général assez facilement à s’enfuir et à échapper aux forces de police.
En ce qui concerne les infractions de masse, les spécialistes sont rares. L’habitude plus que la professionnalisation est nécessaire. L’infracteur est souvent un novice ou un multi-délinquant car il n’existe aucun cloisonnement entre ces infractions. Chaque infracteur peut être conduit à toutes les commettre.
L’absence de professionnalisation des auteurs a deux conséquences :
- les liens sont rares avec la criminalité organisée, l’infracteur étant souvent indépendant, mis à part le cas du recel qui met en jeu une chaîne d’individus;
- les résultats de l’infraction sont provisoires. Les gains sont relativement faibles, hormis certains cambriolages, et , à long terme, l’infracteur devra se tourner vers un moyen plus lucratif, voire se tourner vers des activités licites.
2/ Un nouveau type de délinquant : le mineur.
Depuis plus de quinze ans, un certain type de délinquance ne cesse d’augmenter : la délinquance juvénile.
En 1980, 104 200 mineurs sont mis en cause dans des crimes ou délits. En 1996, ce chiffre monte à 143 800.
Il s’agit majoritairement, chez les adolescents et les jeunes adultes, d’une délinquance masculine. A l’exception des vols à l’étalage et des falsifications et usages frauduleux de chèques et cartes de crédit, pour lesquels la participation de femmes est de l’ordre du tiers, on rencontre une forte prédominance des hommes. Les infractions pour lesquelles les femmes sont mises en cause constituent des délits liés à la consommation.
Une proportion importante de mineurs est mise en cause. en 1993, ma moyenne de la participation des mineurs aux 10 infractions de base est de 17,62 %. Les falsifications et usages frauduleux de cartes CB sont peu commis par les mineurs. Si on extrait cette infraction, on obtient 21,62% de mineurs mis en cause. ainsi, un auteur sur 5 pour 9 infractions est un mineur. La participation des mineurs à la délinquance de masse est relativement importante.
Pour l’année 1997, les mineurs ont été responsables de :
-plus de la moitié des incendies des biens publics,
-40,7% des vols avec violence,
-35% des vols de véhicules et de deux roues
-32,6% des cambriolages,
-30,8% des destructions et dégradations de biens publics,
-14,7% des coups et blessures volontaires,
-13,8% des vols à main armée.
Les mineurs ont été ainsi responsables de plus de 30% de la délinquance de voie publique constatée.
En 1998, la justice a été& saisie de 12 968 procédures concernant des mineurs, soit + 4 % par rapport à 1997 et + 35% par rapport à 1995.
Le nombre de saisines de juges pour enfants a augmenté de 28% en quatre ans.
Dans l’ensemble formé par ces mineurs, les tranches d’âge les plus basses (de 10 à 12 ans, parfois moins) prennent désormais une place grandissante.
Les choses empirent surtout dans les zones urbanisées : de 1986 à 1996, le nombre de mineurs mis en cause a augmenté de 81% dans les secteurs où le maintien de l’ordre est assuré par la police nationale.
Or, les experts en sciences criminelles constatent que les délinquants jeunes sont de loin les plus actifs et plus violent que les adultes.
Un rapport pluridisciplinaire consacré au Val-de-Marne et intitulé "Le sentiment d’impunité des mineurs : mythe ou réalité ?" révèle que les mineurs multirécidivistes ne sont en réalité qu’une infime minorité. Au total, ce noyau dur ne représenterait qu’une cinquantaine de jeunes malfaiteurs chroniques pour tout le département . Il faut savoir que ces noyaux durs des quartiers sensibles causent en premier lieu un tort considérable à la communauté dont ils proviennent.
Enfin, il est à noter que certains mineurs délinquants s’orientent vers le grand banditisme. L’évolution vers le grand banditisme et la criminalité organisée d’une partie de cette aristocratie délinquante des quartiers chauds est un risque grave, même si elle n’intéresse qu’un nombre limité d’individus.
b / Une France divisée
Les mêmes tendances lourdes de la délinquance apparaissent partout en France. Mais la crise urbaine, les concentrations de population ont fait apparaître ça et là des géographies locales de la délinquance.
Esquissant des profils criminels des villes et départements, les auteurs d’un Atlas de la criminalité en France, datant de 1992, distinguent ainsi deux territoires :
- Une France agitée (la région parisienne, le pourtour méditerranéen et le département du Rhône pour l’essentiel) qui se caractérise par des taux élevés dans le domaine des atteintes physiques contre les personnes, des vols et, d’une manière générale, par l’omniprésence d’une violence motivée par le profit. En effet, en 1991, 4 régions (Ile-de-France, Nord Pas de Calais, Rhône-Alpes, et PACA) comptabilisent plus de la moitié des crimes et délits alors qu’elles regroupent 41,5% de la population.
-Une France "calme" qui se signale par l’existence d’une criminalité astucieuse (comme les escroqueries ou les infractions à la législation sur les chèques) ou alors par de petits délits, et par l’importance de la criminalité dans la famille. On s’aperçoit que ce territoire "calme" correspondrait à c que l’on avait coutume d’appeler "la France profonde".
En fait, il existe un lien entre le degré d’urbanisation des régions et le taux des faits constatés pour 1000 habitants. Pour la plupart des infractions, les régions IDF et PACA se situent au 1er et 2nd rang. En revanche, le Limousin, à l’exception des falsifications et usages frauduleux de chèques et cartes de crédit, se place au dernier rang des régions pour la plupart des infractions.
La ville serait devenue le miroir de la plupart des dysfonctionnements de la société. ainsi toutes les violences juvéniles collectives, c’est-à-dire les agressions physiques, le vandalisme, les destructions, les incendies, etc... sont concentrées sur le territoire. 70% des actes de violence connus affectent seulement 11 départements ; le Nord, la Seine-et-Marne, l’Oise, le Rhône, les Yvelines et le Val d’Oise. De plus, ces violences émanent de lieux précis de ces départements. Les plus graves se produisent presque tous dans les 132 cités les plus difficiles où viennent s’approvisionner les héroïnomanes et où s’est instaurée une véritable économie criminelle. Sur ces 132 qèartiers, 55 sont en IDF, 8 dans le Rhône, 7 dans le Nord, 6 dans la Seine-et-Marne, 4 dans le Haut-Rhin, 4 dans l’agglomération toulousaine.
Mais il serait faux de croire que la délinquance et les violences urbaine restes limitées à ces zones de non-droit et ne se manifestent nulle part ailleurs.. La délinquance est à la hausse à la campagne comme ç la ville. Des départements quasi-ruraux, à l’extrême périphérie du périurbain sont désormais touchés par ces infractions et violences. Par exemple le Maine-et-Loire, L’Indre-et-Loire, le Cher, le Vaucluse, l’Yonne.
Les bandes délinquantes rayonnent plus qu’autrefois hors de leurs cités d’origine, pour cibler désormais les transports en commun, les centres commerciaux, les établissements, les discothèques, les tournois sportifs et les quartiers commerçants des centres-villes.
C) Causes et conséquences
1) Causes
Les 1ères causes qui viennent à l’esprit quand on essaie de comprendre l’origine de la délinquance sont des causes utilitaires, comme le besoin d’argent ou le vol alimentaire, c’est-à-dire des motifs de survie : en 1996, une mère de famille qui volait pour nourrir sa famille a été ainsi acquittée par le juge, eu égard à sa situation extrême .
Mais il en existe beaucoup d’autres, plus subtiles.
Les infractions de masse sont, comme nous l’avons vu, majoritairement le fait des mineurs. Nous parlerons donc en priorité des causes de la délinquance juvénile. Elles mettent en jeu la personne de l’infracteur et la société.
a / Les facteurs individuels
1/ Les facteurs biologiques
La délinquance est très rarement la conséquence de facteurs purement biologiques ( mais ça peut exister : une tumeur au cerveau peut dicter une conduite agressive). Les facteurs biologiques sont plus souvent cause de délinquance en ce qu’ils constituent un obstacle à une bonne socialisation (cas de handicaps physiques) ou parce qu’ils facilitent le passage à l’acte en abaissant le niveau de stabilité et de contrôle (cas des handicaps psychiques)
2 / Les facteurs psychologiques
Le délinquant est souvent quelqu’un dont l’affectivité est perturbée. Les deux principaux troubles qu’il présente sont :
- l’égocentrisme, qui s’exprime par la reconnaissance de l’autre, l’incapacité à adopter un point de vue différent du sien et le sentiment d’ "injustice subie"
- et l’immaturité affective, qui se manifeste par l’impossibilité de renoncer à une satisfaction immédiate malgré l’éventualité d’une sanction et par l’insuffisance du contrôle émotionnel/
Ces troubles ont pour origine des distorsions du processus de maturation sociale. en effet, l’enfant n’acquière la capacité de vivre en société que progressivement. Au début de son existence, c’est en quelque sorte un délinquant intégral. Une bonne socialisation exige un climat de vie harmonieux et sécurisant. Or, une forte proportion des jeunes délinquants ont mal pris ce départ et n’ont pu développer avec leurs parents de srelations normales.
b / Les facteurs sociaux
1 / Les facteurs liés aux microgroupes de socialisation.
* La famille
divers problèmes familiaux peuvent conduire le jeune sur la voie de la délinquance.
- la dislocation de la famille, résultant soit d’un décès, soit d’une séparation, voire d’un divorce du couple parental. Les familles de jeunes délinquants sont, la plupart du temps, éclatées. Ce sont des foyers recomposés avec des beaux-parents et des fratries nombreuses ou bien des femmes seules avec leurs enfants.
- le grand nombre d’enfants pose souvent problème car les conditions de vie des familles nombreuses sont des plus difficiles. La moitié des jeunes délinquants appartiennent à des familles de quatre enfants et plus. D’autre part, ce sont souvent des familles où l’on a le moins de soucis éducatifs qui comptent le plus d ‘enfants.
- enfin, le travail de la femme, qui n’est pas nocif en soi, a cependant des conséquences sur la vie familiale.
* Le milieu scolaire
L’école est devenue une étape obligatoire de la socialisation, en raison de l’allongement de la scolarité. Un certain nombre de fonctions qui étaient autrefois assumées par la famille le sont maintenant par l’école.
65 % des jeunes délinquants ont de mauvais résultats scolaires. C’est parce que le jeune délinquant est un inadapté social qu’il est un inadapté scolaire, mais l’école, qui ne peut tolérer les cas qui s’écartent de la norme, en les repoussant, renforce souvent lest troubles de ces jeunes.
* Le groupe de camarades
Ces groupes sont une des caractéristiques de notre société. Ils répondent à un besoin de stabilité et de sécurité des jeunes qui compensent ainsi le morcellement de leurs autre relations affectives. Cependant, ils risquent parfois d’évoluer en groupes antisociaux.
* Les milieux de loisirs jouent un rôle de plus en plus important pour les jeunes, car le temps disponible augmente et c’est à ce moment-là que la majorité de s délits se commettent. Trè peu de jeunes délinquants participent à des loisirs organisés (seulement 10 %). C’est une secteur où la société n’a pas maîtrisé les situations de disponibilité créés par l’évolution économique.
* Le milieu du travail pourrait jouer un rôle bénéfique pour le délinquant, en le sortant d’une situation d’échec scolaire. Mais le prolongement de la scolarité et les difficultés d’entrée dans le monde du travail constituent un handicap. Le chômage et la crise atteignent d’abord les jeunes. On peut noter aussi que la grande majorité des délinquants qui travaillent occupent des emplois subalternes.
2 / Les facteurs culturels
Les autres facteurs sociaux sont
- la contre-culture criminelle est un phénomène directement induit par les criminels adultes, qui sont pris comme modèles par les jeunes. Il y a apprentissage progressif de l’anti-sociabilité. Le jeune passe par des phases successives, de plus en plus insérées dans la criminalité, de la petite aide apportée au trafic de drogue à la participation au hold-up. Les mineurs sont souvent utilisés par les plus âgées car ils ne risquent pas grand-chose au regard de la loi.
- le phénomène de la sub-culture, lui, prend naissance dans les isolats urbains défavorisés. dans ces zones, il n’y a pas d’opposition délibérée aux normes de la société mais une mauvaise connaissance et une mauvaise adhésion. Une tension s’établit entre les normes de vie des habitants des isolats et celles de l’extérieur ce qui donne naissance à des déséquilibres et à un sentiment de révolte. Les jeunes de ces quartiers sont poussé sà acquérir par des moyens illégaux ce qu’ils ne peuvent obtenir normalement.
- les conflits d culture sont un autre facteur. Les jeunes étrangers par l’école en particulier, entrent davantage en contact que les adultes avec la culture du pays d’accueil. Ils sont sollicités dans des directions différentes, voire contradictoires, ce quinest cause d’inadaptation sociale.
- une véritable sous-société autonome des jeunes est aujourd’hui apparue. Cela résulte de l’entrée de plus en plus tardive sur le marché du travail et du développement , grâce aux médias, d’une culture spécifique de l’adolescence, avec ses propres modèles et valeurs. Ce phénomène a 3 conséquences sur la délinquance :
- D’abord, il y a transposition de l’opposition adolescent/adulte, du plan individuel au plan collectif. Cet affrontement entre deux systèmes de valeurs donne lieu à une délinquance importante d’atteintes aux personnes et d’atteintes aux biens publics et privés, essentiellement sous forme de destructions.
- Ensuite, le fossé élargi entre les générations facilite les valeurs officielles des adultes que traduisent les dispositions du code pénal. Les violations de certaines de ces dispositions ne sont plus perçues comme vraiment délinquantes, ce qui facilite le passage à l’acte.
3 / Les facteurs liés à la mutation de la société
Une corrélation existe entre l’extension de la délinquance et l’accélération brutale du rythme d’évolution de la société, qui coïncide avec le passage de la société industrielle à la société post-industrielle.
1* Les facteurs d’inadaptation liés au développement économique
La hausse de la délinquance coïncide avec la prospérité économique. Le développement économique est facteur d’inadaptation car il provoque des changements dans le mode de vie et entraîne une mobilité généralisée (géographique, professionnelle, etc...). Cette mobilité porte atteinte à la stabilité des groupes de vie dans lesquels se socialise le jeune. De plus, pour accéder à une place normale dans la société, le niveau des exigences au plan des aptitudes et des connaissances grandit. Donc, le nombre de sous-adaptés qui se sentent rejetés, risquant de tomber dans la délinquance, augmente.
2* L’extension de l’urbanisation
On a déjà vu que les régions urbanisées étaient plus fortement touchées par la délinquance. Cela pour trois raisons principales :
- la société urbaine se caractérise par l’hétérogénéité de ses modèles qui résulte de l’interpénétration des différents groupes qui la composent. Le jeune s’y trouve donc sollicité dans plusieurs directions différentes, parfois opposées.
- elle se caractérise également par la liberté des conduites. au contraire dans le milieu rural, la famille et le voisinage ont un pouvoir de censure qui impose des comportements normalisés.
- enfin, le milieu urbain offre de nombreuses occasions favorables à la commission d’infractions et offre souvent la protection de l’anonymat
3* L’avènement des moyens de communication de masse.
On a accusé les médias de multiplier la présentation d’actes répréhensibles et d’iciter ainsi les jeunes à la délinquance. On leur reproche d’aller jusqu’à proposer un véritable enseignement des techniques criminelles.
En fait, aucune liaison directe n’a pu être établie entre médias et délinquance. On sait seulement que les jeunes inadaptés consomment une quantité de médias supérieure à la moyenne et qu’ils préfèrent des images violentes, ce qui semble entretenir et aggraver leurs problèmes plutôt que les résoudre.
D’autre part, la publicité génère de nouveaux besoins. Elle est donc souvent indirectement responsable de délinquance chez les jeunes qui n’ont pas les moyens de satisfaire ces besoins.
2) Conséquences
a / Le sentiment croissant d’insécurité
L’augmentation de la délinquance a provoqué un accroissement du sentiment d’insécurité dans la population. Le niveau d ela délinquance dans l’environnement des personnes interrogées influe sur leur sentiment d’insécurité. Le rapport entre le risque d’être agressé et la peur des agressions semble confirmé.
D’autre part, le sentiment d’insécurité éprouvé par une personne dépend aussi de ce qui est arrivé à son propre entourage, voire de ce qui est rapporté par les médias, et ce qui concerne d’autres personnes à qui elle peut s’identifier.
La nouveauté est la diffusion dans tous les milieux sociaux de ce sentiment
b / L’accroissement de la délinquance donne lieu à des idées extrêmes.
* Le tout répressif et le rétablissement de la peine de mort
Parmi elles, on a vu apparaître l’idée d’un retour au tout répressif et même à la peine de mort. Par exemple en 1978 s’est créée une association nommée Légitime Défense, qui avait de nombreux adeptes et qui avait trois objectifs :
- d’abord affirmer le droit à la légitime défense de soi et d’autrui.
- ensuite, obtenir une protection efficace pour les victimes de la violence
- enfin, exiger une répression énergique.
Il semble que cette idée de droit à la légitime défense ait porté ses fruits puisque, dans les années 80, plusieurs personnes ayant tué leurs agresseurs ont été acquittées.
La question de la peine de mort renaît, quant à elle, régulièrement lorsque des crimes graves sont commis, et on put alors entendre de slogans tels que celui-ci : "On tue, il faut tuer".
* Les idées d’extrême-droite
L’insécurité est aussi devenue un cheval de bataille politique. Jean-Marie Le Pen, leader populiste du Front National a, en grande partie, bâti son succès sur ce sujet, à coup de réponses sans nuances.
Dans son livre, Les Français d’abord, il expose en deux points son programme en matière de sécurité :
- d’une part, le rétablissement de la peine de mort qui est, selon lui, "une des peines les plus dissuasives" et ‘l’assurance de la liberté de tous les citoyens".
- d’autre part,, le rétablissement de l’ordre social. Il déclare que "ce qui est insuffisant, c’est la volonté de répression".
On voit que, suivant les idées du FN, la sécurité est au-dessus de toute règle et qu’elle autorise les arrestations de précaution, les procédures sommaires et les châtiments impitoyables. Elle contraint à mettre en veilleuse les libertés qui seraient le luxe des temps tranquilles.
Face à cette évolution de la délinquance, la société a du nécessairement trouver des réponses nouvelles.